Pourquoi ces services VPN menacent de tout arrêter en France
La lutte contre le piratage va-t-elle trop loin ? Plusieurs services VPN considèrent de quitter la France sur fond d'action en justice. Considérant que ces derniers rendent les mesures de blocage administratif inefficaces, les ayant-droits tentent en effet de les contraindre à ne plus aider les internautes à contourner la Loi.
Depuis quelques années les mesures de blocage administratif s'enchaînent contre des sites accusés de favoriser le piratage d'oeuvres protégées par le droit d'auteur. Une mesure appliquée depuis quelques années mais qui se heurte à des défis techniques. En effet, jusqu'ici pour appliquer ce blocage, les procédures visaient en premier lieu les fournisseurs d'accès à internet, qui pouvaient ainsi bloquer l'accès à une liste de sites délictueux en s'appuyant sur leurs serveurs de noms de domaine (DNS).
Ces derniers traduisent en coulisses les adresses internet tapées dans le navigateur en une adresse IP à laquelle votre machine peut se connecter. La méthode reste efficace du moment que l'utilisateur ne fait appel à un service DNS alternatif sur son terminal. Comme par exemple Cloudflare (1.1.1.1,1.0.0.1) ou Google (8.8.8.8,8.8.4.4). Reste ensuite le problème du référencement, avec des décisions pour expurger les requêtes Google de certains résultats en France et dans certains pays.
Les VPN n'ont aucune envie de participer à la censure d'internet
Pour trouver plus facilement des contenus illégalement, un nombre croissant d'internautes fait appel à une connexion VPN. Une façon simple, efficace et sécurisée de contourner les mesures de blocage prononcées par la Justice française, et pour cause : un VPN offre aux internautes la possibilité de se connecter à internet depuis un autre pays. De quoi profiter d'un cadre juridique a priori plus permissif.
Désormais, ces derniers deviennent toutefois la cible d'actions en justice de la part des ayant-droits. Nos confrères de Torrentfreak expliquent en effet que Canal+ et la société LFP ont déposé des injonctions qui exhortent au moins cinq services VPN à procéder également au blocage de sites pirates de leur côté.
Un extrait public du dossier fait mention de Cyberghost, ExpressVPN, NordVPN, ProtonVPN et Surfshark. Les parties intéressées ne semblent toutefois pas prêtes à obtempérer. Leur argument est simple : leur service est neutre, ils ne sont pas des outils de piratage, et n'ont donc aucun rôle à jouer dans la lutte menée par les ayant-droits.
Les membres de l'organisation VPN Trust Initiative (VTI) qui rassemble ExpressVPN, NordVPN et Surshark ainsi que ceux de la coalition i2Coalition explorent désormais l'arrêt de leurs activités en France. À l'image de Cisco qui a récemment arrêté son service OpenDNS dans le pays pour s'éviter l'obligation de participer à toute forme de censure.
Questions sur l'efficacité d'un blocage imposé aux VPN
Un porte-parole de la VTI cité par nos confrères rappelle que ses membres ont déjà quitté des marchés comme le Pakistan ou l'Inde en réponse à des mesures restrictives comparables. Pour l'heure, le status quo demeure, en attendant une décision définitive sur l'injonction des ayant-droits.
Mais des questions se posent. En particulier sur ce qui se passerait si les services en question supprimaient leur succursale en France. Il n'est en effet pas garanti que les internautes ne pourraient pas tout de même s'abonner à ces services. Permettant donc de poursuivre leur utilisation, sans que personne ne se soucie plus des décisions de la Justice en France.